Jumelle et aînée de 7 enfants, curieuse de nature et amoureuse de la Vie, passionnée par ses mystères, je suis depuis toujours animée par le goût des autres. Je me revois encore petite fille assise sur un banc du village, avec les plus anciens, toute ouïe et bouche bée.
C’est tout naturellement que je deviens infirmière, à 20 ans. Et maman ! Je prends le temps de créer mon cabinet. Puis lorsque mon 2e et petit dernier arrive, je fais le choix d’un poste salarié de nuit. En oncologie. Me voilà confrontée à la mort pour la 1e fois. Puisqu’à la maison, elle passait sous silence. Je me surprends à ne ressentir ni peur, ni gène. Mieux, je me sens très proche de ceux qui vont mourir. Cette sensibilité m’habitera tout au long de mes 36 ans de pratique. A domicile comme en établissements d’accueil.
J’ai même très vite la conviction qu’ils m’attendent. Que je suis accueillie au coeur de l’humanité la plus vibrante, la plus lumineuse. C’est pour moi une Grâce, un honneur que d’y être conviée. Et Dieu sait le nombre d’invitations que j’ai reçues ! Je me plais à penser que lorsque viendra mon tour de prendre de la hauteur, ma haie d’honneur sera là…
En 2021, je suis licenciée pour inaptitude. A 6 ans de la retraite. C’est à la fois une bénédiction et un effondrement. Total. Imprévisible. Qui suis-je ? Je ne peux plus faire. De fils en aiguilles, je comprends que la Vie m’a voulue là : mettre qui je suis au service du commun… Des mortels et des mourants. Qu’il est temps d’apporter ma note à la symphonie du monde.
Et peu m’importe de pleurer encore, puisque « c’est ainsi qu’on voit mieux le monde » (Eric Dudoit)